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Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo.

Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo.

La philosophie peut-elle nous aider à surmonter les crises ? Dans une série de plusieurs articles, Nicolas Scohy, consultant et passionné de philo, tente de nous répondre.  

Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo.

Philosophie et état de crise Nicolas Scohy

Nicolas Scohy

La philosophie pour prendre du recul

Peut-être la philosophie évoque-t-elle pour la majorité d’entre nous un travail théorique détaché des réalités pratiques. Bien souvent les crises conduisent à une sorte de scepticisme : à quoi bon se poser, à quoi bon réfléchir si je n’ai aucun contrôle de la situation, ou encore à quoi bon dialoguer si mon entourage ne m’écoute pas et ne veut pas entendre ? En cas d’urgence, avons-nous le temps de méditer quand la maison brûle ? Alors en quoi la philosophie pourrait-elle nous aider à gérer et surmonter les crises ?

Comme nous l’avons entrevu précédemment, les crises peuvent engendrer des comportements et des biais cognitifs contre productifs, sources d’erreurs, d’exagérations, d’agressivité. Or, la philosophie est sans aucun doute un effort pour prendre du recul, ne pas céder à des impulsions trompeuses et instaurer une dynamique de dialogue rationnel et apaisé.

Philo et contemplation

Une forme de contemplation

Il est courant de définir la philosophie comme une forme de « contemplation », de recherche de vérité gratuite et désintéressée, un peu comme si celle-ci dépendait d’une « pulsion de connaissance », pulsion qui se manifestent à travers la curiosité, l’émerveillement, l’étonnement, le besoin de comprendre… Un peu comme si l’expérience de la réflexion pouvait se suffire à elle-même, au-delà même de son utilité. Ceci sous-entendrait que les activités de l’esprit pourraient produire un bien-être tout comme le fait de bien manger, de jouer, de faire l’amour, de créer, de faire la fête, etc.

La philosophie occidentale semble surtout développer la dimension « intellectuelle » de la philosophie en se concentrant sur la logique de la preuve et des concepts, le développement de la science, et la critique de la connaissance (« que puis-je savoir ? » écrivait Kant). Dans la gestion de crise, cette approche peut aider à analyser une situation avec rigueur et nuances.

Privilégier l’expérience vivante

L’orient et plus particulièrement les philosophies bouddhistes, taoïstes ou hindouistes mettent l’accent sur la « méditation » comme une expérience de présence à soi. Dans cette expérience, le cœur, le corps et l’intelligence se fondent pour susciter un état de conscience modifié : l’« éveil » ou « une illumination ». Cet état est décrit par les pratiquants de méditation comme un temps pendant lequel nos tensions s’apaisent, nos contradictions internes se résolvent, et nos ressentis acquièrent une unité plus forte.

Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo. Le Philosophe en méditation

Le Philosophe en méditation de Rembrandt

Cette démarche quant à elle est rétive à la conceptualisation de doctrine (« S’il y a doctrine, il ne peut y avoir compréhension totale » disait une femme gourou hindouiste Ma Anandamayi), elle résulte non pas d’un raisonnement, mais d’une focalisation de notre attention, elle privilégie l’expérience vivante et préfère laisser les mystères de l’existence se dévoiler par l’alchimie de l’acceptation. Dans la gestion de crise, cette approche aide à gérer le stress et à optimiser la maîtrise de ses réactions. Elle est plus communément connue sous le vocable de mindfullness ou « pleine conscience ».

Pour ma part, la philosophie se situe sur tous ces registres, celui de l’intellect, comme celui de la méditation, à bien des égards, elle s’apparente pour moi à un « art de vivre ».

Evidence et questionnement

En même temps, il me semble aussi tout bonnement que c’est le fait que la vie n’est pas « évidente » à vivre, qui stimule aussi en nous le besoin de philosopher … Les aspects les plus anodins de notre quotidien nous arrachent constamment à l’évidence et à la tranquillité :

Nous faisons tous l’expérience avant même de l’avoir formulé clairement, que la vérité est en grande partie « invisible » et dépasse les capacités de nos sens. Avant même de vouloir faire de la science, nous pouvons constater que les choses les plus simples du quotidien nous renvoient à notre ignorance : savoir ce que pense l’autre, s’il est sincère, s’il nous aime, savoir également ce qui se passe de l’autre côté de la colline, le temps qu’il fera demain, comment mon patron réagira si je lui demande une augmentation, savoir si tel médicament est le bon, si la voiture que j’achète ne tombera pas en panne…

Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo. Evidence et questionnements

Notre maîtrise des événements de notre vie est limitée, ce qui peut être d’autant plus angoissant quand nous nous sentons en danger et privé de contrôle sur les événements, c’est parfois difficile à accepter.

Nous nous rendons compte que la satisfaction de nos désirs n’est pas évidente, parce que la réalité nous résiste, parce que des choses auxquelles nous tenons nous sont enlevées, des êtres que nous aimons ne nous aiment pas en retour, mais aussi parce que parfois nos désirs semblent contradictoires entre eux et nous perdent dans des hésitations sans fin.

Il n’est pas facile de se mettre d’accord et de vivre en harmonie avec ses semblables, par exemple de discuter dans le respect en cas de désaccord.

Etc.

Surmonter l’inquiétude

Bref, l’être humain semble incapable de vivre sa vie comme une évidence, la vie le place dans une « in-quiétude », c’est-à-dire une absence de quiétude, il ne peut pas ne pas se poser de questions. En ce sens, qu’est-ce que la philosophie sinon une démarche vivante, qui se répète quotidiennement ? Pris par l’inquiétude, nous pouvons ou bien nous laisser gagner par le stress et l’agitation, ou bien décider de surmonter cette même inquiétude. Lorsque nous traversons des périodes d’adversité et de crise, des expressions courantes peuvent nous inviter à nous libérer de l’angoisse par une forme d’acceptation : « faire contre mauvaise fortune bon cœur », « prendre les choses avec philosophie »…

Bien souvent ces expressions sont synonymes d’une « prise de recul », un peu comme si on « déplaçait nos désirs » pour ne plus être exposé à la souffrance.

Aristote le rôle de la philo

La souffrance

Pour Aristote, les passions et les désirs sont bons et canalisent nos actes, ils se « gèrent » et se « règlent », ils ne sont ni bons ni mauvais, c’est l’excès qui engendre la souffrance. Pour les philosophes grecs stoïciens, comme pour la philosophie bouddhiste, nous souffrons car nous nous « subissons » le phénomène des désirs, des émotions, des pulsions : « Les passions sont un mal, (…) Ce sont des « mouvements irrationnels de l’âme ». » (Sénèque, Nostri expellunt, Peripatetici temperant). Prendre du recul consiste à se détacher, c’est-à-dire à ignorer la souffrance en modifiant le jugement qu’on porte sur elle : autrement dit en décidant de minimiser l’importance accordée à la chose perdue, à la frustration, à la violence subie …

S’interroger sur l’essentiel et l’illusoire

Mais il y a là des ambiguïtés : est-ce à dire que philosopher consiste à accepter les crises comme si nous devions être indifférents ?

Pour certains c’est se désengager de la vie, ne plus la ressentir pour ne plus en souffrir, en se « dissociant » ou en se « coupant de sa sensibilité », bref en se construisant une « cuirasse ». Certains philosophes ont pensé qu’il était nécessaire de faire la guerre à nos passions. C’est un processus de repli sur soi très étudié en psychanalyse, notamment par rapport au « refoulement » ou encore par rapport aux conséquences de carences affectives graves chez les enfants.

Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo. Expérience vivante

Pour d’autres, cela pourrait revenir à capituler, à renoncer, à fuir comme si après avoir lutté ou résisté, on acceptait, ou on se résignait dans une sorte de fatalisme.

Pour d’autre encore, cela signifie changer son échelle de valeur, c’est-à-dire faire preuve de sagesse en renonçant à quelque chose de superficiel et d’illusoire. Dans ce cas, philosopher c’est choisir de « déplacer » sa motivation sur quelque chose de plus élevé, de supérieur, de plus « essentiel ».

Dans tous les cas, la philosophie invite à s’interroger sur l’essentiel et l’illusoire …

Un remède à la déprime 

Pour vous parler de moi et rester sur le thème de la prise de recul, j’ai à l’origine choisi d’étudier la philosophie car la vie me déprimait, et que je souhaitais me réfugier dans un « ailleurs » indépendant du monde, une sorte d’espace plus « pur ». Je me préparais à vivre en retrait du monde lorsque j’ai commencé à me plonger dans la philosophie. Un des nombreux psychologues qui m’a suivi me disait que je devais être dépressif à cette période de ma vie, d’ailleurs, le jour où il me l’a confié, je me suis senti libéré d’un grand poids, comme si ma tristesse existentielle était enfin comprise.

Se réconcilier

Et puis, au fur et à mesure que je me mettais à la philosophie, étonnamment et contre toute attente, je me réconciliais avec le monde. Après avoir lu certains auteurs, je me rendais compte que, bien que le monde soit critiquable, je me complaisais dans ma tristesse parce que j’en rendais le monde responsable, je cherchais des coupables en accusant les autres, mais également en accusant ma propre nature et ma propre sensibilité.

Ce jugement que je portais, occultait d’autres choses : les véritables causes de ma tristesse étaient plus spécifiques et plus liées à mon histoire personnelle, et surtout, j’utilisais cette critique que je portais sur le monde comme un « alibi » pour ne pas agir, ne pas décider, ne pas vivre ma vie simplement comme elle venait. Face à chaque désir, je trouvais des raisons de ne pas les concrétiser et à chaque fois, j’en rendais le monde responsable, ce qui me fait penser à une autre parole de Sénèque :

« Ce n’est pas parce que les choses nous paraissent difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles nous paraissent difficiles. »

Donner sa chance au bonheur

Je crois pour ma part que l’effort philosophique ne consiste pas à entrer en guerre avec soi-même et à se méfier de ses ressentis et de ses pulsions, (« Rien de grand ne se fait sans passion » écrivait Hegel), ils sont nécessaires et remplissent des fonctions vitales essentielles. Un grand Neurologue américain, Antonio Damasio a constaté que lorsque des lésions cérébrales touchent le fonctionnement émotionnel, les malades peuvent devenir privés d’empathie et ne parviennent plus à se motiver (L’erreur de Descartes, Antonio Damasio).

Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo. Une chance au bonheur

La philosophie consiste surtout à en prendre conscience et donner les commandes à la bonne part de nous-mêmes. Lâcher-prise ne consiste pas pour moi à renoncer à ses désirs, à rejeter sa sensibilité et ses impulsions, à rechercher l’indifférence et la suppression de son ego, mais plus simplement apprendre à rester ouvert dans une expérience qui nous bouscule, s’il y a un renoncement, ce n’est pas à la vie, mais plutôt aux rigidités que nous mettons en place pour nous protéger, rigidités qui souvent sabotent nos chances de bonheur.

Bref, alors que je cherchais un refuge dans l’univers de la philosophie, j’y ai trouvé un environnement énergique, où mes états d’âmes furent remis en question, ce qui m’a conduit vers une forme de guérison …

Merci d’avoir lu : Philosophie et état de crise, chapitre 3 : le rôle de la philo.. Ne manquez pas la suite avec le 4ème chapitre à venir et découvrez d’autres articles de notre rubrique  « Rebondir » .

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