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Philosophie et état de crise, chapitre 4 : la nécessité des crises

Philosophie et état de crise, chapitre 4 : la nécessité des crises

La philosophie peut-elle nous aider à surmonter les crises ? Dans une série de plusieurs articles, Nicolas Scohy, consultant et passionné de philo, tente de nous répondre.  

Philosophie et état de crise, chapitre 4 : la nécessité des crises

Nicolas Scohy

Nicolas Scohy

Une remise en question 

La remise en question de nos opinions pourrait sans doute résumer le travail philosophique. En effet, celui-ci s’attache à chercher la vérité dans ce qu’elle a d’universel. La philosophie utilise la critique, le questionnement, le doute pour débusquer nos préjugés, nos croyances infondées, nos jugements, nos illusions et nos certitudes trompeuses. Cette dynamique rejoint en un certain sens les méthodes pratiques utilisées en gestion de crise. Gérer une crise nécessite un esprit critique affûté, et une vigilance attentionnelle importante.

L’illusion

L’illusion, comme en témoigne la célèbre allégorie de la caverne de Platon, est l’adversaire du philosophe. Dans cette caverne, des personnes enfermées prennent les ombres portées par la lumière sur le mur de leur caverne pour des réalités. Pour réaliser que leur « opinion », c’est-à-dire ce qu’elles prenaient pour des réalités, n’étaient en fait que des ombres portées de la réalité, donc des illusions et des images, Il leur faut sortir de la caverne.

L’opinion

L’opinion est une croyance* qu’on admet avec « évidence », sans prise de recul critique, sans vérification C’est un peu comme si dans la construction de nos connaissances, nous commencions par la fin. Comme si nous commencions par la conclusion, le jugement, sans être passé par l’observation, le questionnement et le raisonnement. Ceci a fait dire au grand philosophe Allemand Husserl, au début du 20ème siècle, que philosopher consistait à « suspendre son jugement » pour « revenir aux choses mêmes », c’est-à-dire à l’expérience avant que celle-ci ne soit interprétée et déformée.

  • Au sens général de conviction et de certitude, et pas seulement de croyance religieuse.

Illusion ou opinion

Un perturbateur

Cette sortie de la caverne illustre le travail philosophique, celui-ci vient perturber et contredire nos opinions, notre besoin de repères et de certitudes.

Nos « opinions » reposent sur des présupposés implicites, souvent non conscients. Certains sont induits par le conformisme et les normes sociales, certains par l’éducation. Certains sont issus de pressentiments mal formulés dans lesquels intuitions, émotions et ressentis influencent de manière confuse notre avis.

Ma conviction est que la plupart de nos opinions, de nos certitudes et de nos croyances sont, pour la majorité d’entre elles, issues d’un acte de foi et non d’une démarche de recherche rigoureuse.

Le poids des croyances

Bien avant que nous soyons en capacité de réfléchir, nous nous forgeons des opinions et des croyances. Avant que nous pensions, « ça semble penser tout seul »… Un peu comme si notre cerveau élaborait des théories et des croyances de manière « pré consciente ». Avant de produire des mots, de construire des raisonnements, de tester et de vérifier… Nous savons grâce à la psychologie, qu’à 2 ans, et sur la base de leurs interactions avec les adultes, les enfants ont déjà de manière non consciente des croyances sur le monde et sur la vie. Ils ont déjà pris « instinctivement » des décisions qui engageront leur vie.

Dans « Une histoire sociale de la vérité », Steven Shapin, un philosophe spécialisé dans le domaine des sciences, démontre que même chez les scientifiques, 80% du savoir repose sur un acte de confiance envers les confrères, et non sur un apprentissage, un raisonnement ou une démonstration. J’y crois car tel spécialiste reconnu le dit…

Philosophie et état de crise, chapitre 4 : la nécessité des crises

La pression vitale fait loi

En disant cela, je ne prétends pas que nous devrions vivre dans l’incertitude radicale constamment, les opinions nous aident à vivre. Nous avons évidemment besoin de repères et de certitudes pour agir, survivre et nous adapter au monde. Nous ne pouvons pas attendre d’atteindre la perfection ou la vérité absolue pour commencer à nous forger des convictions. Lorsqu’il nous faut agir, nous nous fions à nos instincts, à ce que nous avons appris, aux règles établies. Bien souvent nous n’avons pas le choix : nous ne pouvons pas ne rien faire, la pression vitale fait loi. Si je dois agir, je me fie en premier lieu à ce que je sais ou à ce que je crois savoir…

Mais c’est lorsque notre besoin de repères pratiques nous pousse à transformer nos connaissances en « jugements définitifs » sur le monde que l’illusion s’insinue. Alors que nos connaissances ne sont que partielles, et qu’elles comportent peut-être des erreurs.

Pas si simple de changer…

Par ailleurs, du fait que les repères acquis nous protègent et nous rassurent, nous nous y attachons… Toute remise en question de ces repères et de ces croyances qui nous rassurent est susceptible de déclencher une insécurité, et par la suite du déni, voire de l’agressivité. Nous savons notamment grâce à la psychologie cognitive que notre cerveau peut être « sélectif ». Il peut écarter de nos prises de conscience, toutes les informations issues de notre expérience qui ne vont pas dans le sens de nos « croyances ».

Mais, chaque nouvelle découverte remet en question les précédentes! Dans son ouvrage « La structure des révolutions scientifiques », Thomas Kuhn, un scientifique également philosophe démontre que toute nouvelle théorie scientifique se heurte aux croyances établies. Toute nouvelle théorie est d’abord longtemps combattue avant d’être, sinon acceptée, du moins entendue… Les psychologues parlent de « méconnaissances » ou de « bais de confirmation » pour décrire cette résistance.

Philosophie et état de crise, chapitre 4 : la nécessité des crises Pas facile de changer

Nous construisons notre réalité

A partir de là, ce sont ces croyances et ces certitudes qui deviennent la clé de lecture du réel, nous créons de « l’idéologie », ou des « idoles » comme le dirait Nietzsche (philosophe auteur notamment de l’ouvrage « le crépuscule des idoles »). Nous créons des certitudes qui deviennent plus importante que la réalité. Parce que nous avons besoin de réponses, nous sommes tentés d’en construire trop vite. Nous sommes tentés de juger, de décider de ce qui est vrai, sans passer par une phase plus « réflexive » qui consisterait par exemple à :

– Ne pas confondre une donnée fournie par l’expérience et une vérité absolue.
– Vérifier si ce que je crois savoir est fondé, solide, démontré éventuellement.
– Faire le tri entre ce que je sais, et ce que je ne sais pas.
– Rester ouvert et remettre en question mes certitudes lorsque l’expérience les bouscule.
– Ne pas céder à la tentation de se donner des réponses prématurées. Suspendre mon jugement, et accepter de m’en tenir à des hypothèses inachevées et provisoires.
– Et surtout apprendre à poser les questions. Identifier dans la manière dont nous posons les questions, les préjugés sous-jacents, qui peuvent rétrécir notre angle d’approche et orienter la réponse.

La phénoménologie de l’esprit 

Un grand philosophe allemand, Hegel s’est interrogé avec acuité sur ces crises qui émaillent la progression de notre esprit dans un ouvrage un peu technique « La phénoménologie de l’esprit ». Il a tenté de décrire les stades et les paliers que la conscience franchit pour accéder à la connaissance mais également à son « bonheur ». Il a identifié des étapes, toutes nécessaires, mais également toutes insuffisantes. Chaque étape apporte quelque chose, à un degré particulier, mais comporte également une part d’erreur et d’insuffisance, elle doit respectée, mais aussi être dépassée, pour être complétée et enrichie par l’étape suivante.

Ce dépassement se vit comme une crise. Si je devais résumer de manière un peu caricaturale la leçon à retenir de cette réflexion pour ma vie au quotidien, je la formulerais de la manière suivante : « n’attends pas d’être parfait pour avancer, reste suffisamment ouvert pour remettre en question ce que tu crois savoir, évoluer et t’interroger. Mets-toi en chemin sans attendre d’être parfait. C’est en avançant que de nouvelles expériences viendront t’enrichir, le voyage est plus important que la destination ».

transformation en cours

Les crises sont nécessaires

Kuhn comme Hegel montrent que les crises sont nécessaires, et qu’il faut un courage philosophique et une ouverture d’esprit pour relativiser les certitudes du passé (ce qui ne veut pas dire les renier ou en rejeter les apports) et s’ouvrir aux questions qui s’annoncent avec la prochaine étape. Ce saut nécessaire à chaque étape nous propulse hors de notre zone de confort. L’effort philosophique se définit ici comme une succession de « lâcher-prise »… Lâcher-prise ne signifie pas démissionner ou se résigner. Cela signifie ne pas avoir le contrôle sur tout, accepter de faire avec ce qui ne dépend pas de nous, mais par contre agir pour ce qui dépend de nous.

Merci d’avoir lu : philosophie et état de crise, chapitre 4 : la nécessité des crises. Ne manquez pas la suite avec le 5ème et dernier chapitre à venir! Et découvrez d’autres articles de notre rubrique  « Rebondir » .

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